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Jean-François Balaudé

Jean-François Balaudé est président de l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense au sein de laquelle le centre de langue FETE est labellisé. 

Quelles sont les singularités de l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense ?

  

Jean-François Balaudé : L’université Paris Ouest est l’une des principales universités françaises en sciences humaines et sociales (SHS), et la seule en Ile-de-France à réunir la totalité des SHS. Elle forme 34 000 étudiants (ce qui en fait la deuxième université francilienne en nombre d’inscrits), dont 16,4 % de nationalité étrangère (c’est davantage que la moyenne nationale des universités). Ces étudiants sont accueillis sur un vrai campus vert d’une superficie de 32 hectares, situé à deux pas de La Défense et permettant une vie culturelle, associative et sportive très riche. Paris Ouest est reconnue aussi pour sa tradition d’innovation pédagogique et de création de nouvelles filières, adossées à une recherche internationalement reconnue. Nous sommes également pionniers dans la réflexion sur la responsabilité sociale des universités (RSU). J’ajouterai enfin que nous sommes, avec Paris 8 et le CNRS, un des trois membres fondateurs de la COMUE Paris Lumières, qui compte – c’est son originalité – de prestigieux associés dans le domaine de la culture et du patrimoine, comme la Bibliothèque nationale de France, le centre Georges-Pompidou, le musée du Quai Branly, le musée de l’Histoire de l’immigration ou les Archives nationales, pour n’en citer que quelques-uns.

 

Quelles sont les grands axes de votre coopération internationale ?

 

Le développement des échanges d'étudiants et d’enseignants-chercheurs est une des priorités de la politique internationale de l'université. Le service des relations internationales et des étudiants étrangers a ainsi pour mission de gérer, de suivre et de coordonner l'ensemble des activités internationales de l’université. Cela comprend, en particulier, le suivi de nos partenariats : nous avons 639 universités étrangères partenaires dans 66 pays, ce qui représente plus de 600 accords en Europe (ERASMUS) et 400 accords hors Europe. Avec les UFR, nous travaillons également depuis longtemps dans la perspective des doubles diplomations. On peut citer à cet égard la filière "droit français – droits étrangers", les cursus intégrés franco-allemands en économie et gestion ou LEA que nous développons dans le cadre de l’université franco-allemande (UFA), ou encore la création de l’Institut sino-français à Harbin. Nous avons aussi de nombreux programmes de coopération internationale, au niveau scientifique. Dans les années qui viennent, nous entendons renforcer la mobilité internationale au niveau du doctorat.

 

En termes de mobilité, combien d’étudiants étrangers recevez-vous ? Dans quelles disciplines ?

 

Près de 4 000 étudiants, en provenance de tous les continents, sont accueillis chaque année à Paris Ouest. Ils participent à un programme d'échange interuniversitaire, ou bien ont choisi, individuellement, de venir y étudier. Ils sont accueillis dans l’ensemble des disciplines de l’université, relevant des quatre domaines ALL, SHS, DEG et STS, et ils bénéficient des cours de langue et civilisation françaises de notre centre FETE (français pour étudiants étrangers). Le centre FETE de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense a été labellisé pour 4 ans en décembre dernier.

 

Qu’est-ce que qui a motivé votre université à entrer dans cette démarche ?

 

Dès mon élection à la présidence de l’université, en avril 2012, j’ai souhaité engager l’université Paris Ouest Nanterre La Défense dans une politique "qualité" ambitieuse, dans tous les domaines, convaincu que les labels sont, non pas une fin en soi, mais le moyen, pour des communautés exigeantes et soucieuses de délivrer un service de haut niveau, de faire reconnaître leur savoir-faire et la constance de leur investissement dans leurs missions. Si cette inscription dans une démarche qualité était nouvelle pour une partie de la communauté universitaire, la situation était toute différente avec le centre FETE : dès 2012, le FETE était prêt, à ce stade de son développement, à s’engager dans la démarche de labellisation auprès du CIEP, et il n’avait besoin que d’un appui résolu de l’université pour l’accompagner dans sa démarche d’obtention du label Qualité français langue étrangère. En tant que président, j’ai apporté tout le soutien nécessaire à la démarche préparatoire à l’audit, parce que la labellisation constitue un vrai enjeu pour les universités. Contrairement à d’autres détenteurs du label, nous nous inscrivons en effet dans une double perspective de service public et de formation adossée à la recherche. À Nanterre, le FETE est une composante de l’UFR PHILLIA ; ses enseignants sont intégrés dans une collectivité d’enseignants-chercheurs de plusieurs disciplines, ce qui leur permet de délivrer une formation globale en langue, littérature et civilisation françaises, avec la valeur ajoutée indéniable que constitue l’adossement à la recherche ; cette recherche, ce sont, en particulier, les manifestations scientifiques et pédagogiques que le FETE organise ou auxquelles il participe. C’est ce qui, je crois, confère une valeur particulière à la candidature des universités à une labellisation FLE : la candidature d’un établissement de service public articulant formation et recherche de haut niveau.

 

Quels sont les principaux bénéfices en interne de cette labellisation ?

 

Je vois un double bénéfice, en interne, à la labellisation. Le premier est que le label renforce l’attractivité des formations assurées par le FETE, que ce soit les cours de français dispensés aux étudiants d’échanges ou les diplômes d’université. Le label permet aussi d’envisager une extension de l’offre en direction de publics divers, dans la logique des cours de français sur objectifs spécifiques (FOS). Le second bénéfice, en interne, est la mise en cohérence de notre offre de français pour étudiants étrangers. En vue de l’audit, j’ai entamé ce vaste travail de mise en cohérence et de coordination, de façon à ce que le FETE ait le monopole de ces cours, de la licence au doctorat en passant par les salariés. Auparavant, le service de la formation continue ou les écoles doctorales mettaient en place une offre propre ; désormais, toute l’offre est coordonnée par le FETE. Le résultat est que le FETE est maintenant identifié comme un partenaire à part entière, par nos équipes pédagogiques, pour monter des projets ambitieux, en France ou à l’international.

 

En quoi le label est-il un atout pour accompagner vos projets de développement à l’international ?

 

Un exemple, à mon sens, illustre bien l’atout du label. Depuis plusieurs années, nous travaillons avec nos partenaires chinois de l’université du Heilongjiang pour implanter à Harbin, dans le cadre d’un institut sino-français, la licence d’économie et gestion de Paris Ouest. Le principe est simple : pendant un an, des étudiants de Harbin étudient de manière intensive le français, parallèlement à leur première année d’études en finance. Puis, pendant trois ans, ils vont bénéficier sur place d’enseignements dispensés en français par des enseignants-chercheurs de Paris Ouest. Le cursus comprend également de nombreux cours de langue et civilisation françaises, dont la coordination sera assurée par le FETE. Quand nous avons reçu la délégation chinoise pour signer l’accord de coopération, la labellisation du FETE a été accueillie avec enthousiasme par nos partenaires : c’était, pour eux, un argument supplémentaire pour attirer dans le programme les meilleurs candidats chinois.

 

Quelles recommandations feriez-vous aux centres de langue des universités françaises qui souhaitent s’engager dans une démarche qualité et in fine, obtenir le label Qualité français langue étrangère ?

 

Il est difficile, pour un "jeune labellisé" de donner des conseils aux autres, et d’autant plus, dans le cas de Nanterre, que le FETE avait tendu à s’engager de lui-même dans cette démarche qualité depuis plusieurs années. Disons néanmoins que la démarche d’amélioration continue préalable à l’audit nécessite sans aucun doute un soutien sans faille de la présidence de l’université, car le travail à mener pour répondre aux critères de l’audit demande énormément d’investissement et de rigueur, qui plus est dans la durée, aux collègues enseignants et administratifs. On ne s’engage pas dans une telle démarche sans être assuré du plein soutien de la présidence et des services centraux. La seconde recommandation, me semble-t-il, est de favoriser, au sein de l’établissement, la convergence des actions à destination des étudiants étrangers : le centre qui se prépare à l’audit doit être reconnu, par toutes les composantes de l’université, comme un acteur à part entière de la stratégie de l’établissement, et donc comme un partenaire. Il faut créer les conditions de cette collaboration en interne, afin de faire émerger de beaux projets. Pour le reste, je pense qu’on ne peut que conseiller aux centres universitaires qui visent la labellisation d’échanger avec les centres universitaires labellisés. Les collègues se connaissent, bien souvent, et ils évoluent dans des environnements assez comparables. Il faut toujours s’inspirer des réussites de ses prédécesseurs !